Isa Slivance

Isa Slivance

Plasticienne, graveur, créatrice de livres d’artistes et de papiers, née à Angers, vit et travaille en Dordogne.

Isa Slivance mène une réflexion plastique et graphique associant techniques ancestrales et spontanéité de l'instant. L'aléatoire à travers le geste et la couleur est  associé à son élément de prédilection: le papier. Un cheminement qui conduit l'artiste à créer des mondes organiques et à travailler simultanément avec les éléments de la nature, que sont les feuilles, pour fabriquer son papier végétal.

Isa Slivance a créé un atelier expérimental de fabrication et de marbrage de papiers uniques, papiers végétaux, destinés à ses œuvres et livres d’artistes.

« …Ma relation avec le papier relève du domaine de l’émotionnel. Le papier constitue l’ossature de l’œuvre, il la porte, c’est autour de lui que tout va s’articuler, que l’on va pouvoir raconter. Support, tour à tour acteur ou vecteur, ce matériau offre une liberté d’expression infinie. »

 Cofondatrice en 1992 de l’atelier d’art Couleur Dite/Parole Peinte avec le plasticien Serg Gicquel, elle a réalisé une cinquantaine de livres d’artistes et livres objets dont la revue/livre d’artistes littérature/arts plastiques « SIMILi-type » accompagnée de la revue multimédia d’arts décoratifs « Esperluète ».

Membre de la société Jules Verne, Paris
Membre des amis du Musée de l'imprimerie, Nantes


Trempant ses pinceaux dans le champagne

Elle aurait pu naître et vivre à Honolulu. Mais elle est née à Angers et vit en Dordogne. Ce qui peut apparaître comme étant un destin bougrement exotique quand on vit à Honolulu.

Toujours en effervescence, Isa Slivance, plasticienne délurée, invente sans cesse, fait chanter l’argile et danser les pigments. Du matin au soir, et même la nuit, elle s’adonne à de pétulantes alchimies où les creusets y pétillent comme le champagne et produisent l’or le plus pur qui soit et qui ne servira jamais d’étalon à la moindre monnaie.

L’esprit d’Isa Slivance est une sorte de solution agitée où survivent de petits animalcules froidement déjantés qui, suite à de longs processus complexes, tantôt frénétiques, tantôt méditatifs, finissent toujours par devenir des idées. Souvent surprenantes. Inattendues. La plupart du temps artistiquement exploitables.

Comme certain fameux peintre novateur du siècle précédent, Isa Slivance ne cherche pas, elle trouve. Mais juste avant elle teste, bidouille, farfouille, se plante, perd le contrôle de ses véhicules, écrase une ou deux poules, dézingue quelques plates-bandes, repart à nouveau sur les chapeaux de roue, décolle à la verticale, part en vrille, en zigzag, en looping, reprend son souffle, s’ennuie un temps dans de mornes plaines, puis accède enfin au dixième ciel, tutoyant enfin les anges, découvrant les sommets où farnientent les dieux luisant de crèmes solaires. Pour pouvoir la suivre, il faut avoir la forme. Ou s’abstenir. Reste alors la possibilité d’explorer les galeries où elle expose. Ou d’aller pédaler sur Internet.

On s’en doute : Isa Slivance est une passionnée. Surtout de papier. De toutes les sortes. De toutes les formes. Les durs, les mous, les joufflus, les ridés… Une passion telle qu’elle a fini par créer un atelier expérimental de fabrication et de marbrage de papiers uniques réalisés à partir de végétaux de toutes sortes, fougères, arbres exotiques…

Si le secret de son atelier n’est pas protégé par quelques signes kabbalistiques, les manipulations qui s’y déroulent peuvent cependant paraître énigmatiques à plus d’un. Fabriquer une feuille de papier a quelque chose de fascinant. Et en plus ça prend du temps. Mais bientôt, fraîche et pimpante, voici ladite feuille qui surgit sous les doigts d’Isa Slivance, gigote un petit moment dans la lumière grise de l’aurore puis s’allonge, flapie, sur une étagère en attendant la future utilisation. Plus tard, snobant les pâles feuilles à 70 grammes, chétives anémiées réservées aux imprimantes, elle finira comme support d’une œuvre d’art ou d’un livre d’artistes.

C’est ainsi que vont les choses du côté de chez Isa Slivance.

Voilà une bonne vingtaine d’années que ça dure, qu’elle se coltine avec plaisir l’aléatoire des gestes au-dessus de la coquette page blanche sapée comme si elle sortait d’un moulin. Au bout de ses pinceaux, ou de toutes autres ustensiles plus ou moins réglementaires, plus ou moins baroques, des espaces sombres surgissent de zones blanches, rouges, bleues, minces cosmos en construction, novas délirantes ou esquisses de paysages grandioses entrevues sous la lamelle d’un microscope, évocations coruscantes d’étranges requins rouges, crocodiles, éléphants.

Et quand elle les installe au sein de livres sublimes, eux-mêmes logés comme des princes dans des coffrets en bois ou plexi, les mots sont contraints de soigner leur apparence, d’avoir bons caractères. Ils deviennent formes, empreintes, gravures, dessins, acteurs, danseurs. Désormais, le dehors vaut le dedans, l’habit fait enfin le moine.

Femme-médecine, d’un coup de pinceau évadé de toutes entraves, Isa Slivance guérit nos âmes affamées de couleurs et de chimères.

Philippe Gicquel, poète, écrivain, critique d'art, mai 2015